samedi 12 décembre 2009

La Route


Titre : La Route
Auteur : Cormac Mc Carthy
Editeur : Points

"L'Apocalypse a eu lieu. Le monde est dévasté, couvert de cendres et de cadavres. PArmi les survivants, un père et son fils errent sur une route, poussant un caddie rempli d'objets hétéroclites. Dans la pluie, la neige et le froid, ils avancent vers les côtes du sud, la peur au ventre : des hordes de sauvages cannibales terrorisent ce qui reste de l'humanité. Survivront-ils à leur voyage ?"

extrait :
"Je voudrais être avec ma Maman.
Il ne répondit pas. Il s'assit à côté de la petite silhouette enveloppée dans les couettes et les couvertures. Au bout d'un moment il dit : Tu veux dire que tu que tu voudrais être mort.
Oui.
Tu ne dois pas dire ça.
Je le dis quand même.
Ne le dis pas. C'est mal de le dire."

La Critique de Yohan (12/12/09) : Absence de chapitres. Style dépouillé de ponctuation, de vocabulaire. Des dialogues courts et incisifs, sans en indiquer les interlocuteurs. Des protagonistes sans nom, simplement appelés le père et le petit. Le vide. Comme tout ce qui reste de ce monde à la dérive, privé d'animaux et dont les deniers arbres sont en train de tomber.

   Mc Carthy n'est pas un auteur de science-fiction et cela se ressent d'ailleurs dans le traitement de l'oeuvre. Ce qui l'intéresse avant tout, c'est la question humaine, sa déchéance, sa foi, ses peurs, sa ténacité. On serait tenter de rapprocher ces questions d'un autre livre : Je suis une Légende, de Richard Matheson.

    L'histoire est on ne peut plus simple : suivre la route. Un "road-movie" très lent, très monotone qui lorsque survient l'horreur - celle qui prend aux tripes - vous électrocute littéralement.
   Cette monotonie, ces visites de maisons qui se ressemblent tant, ces paysages uniformément dévastés renforcent le désespoir du périple. Quand les héros, le père et le fils, crèvent de faim, on souffre avec eux. Et comme cette faim traîne sur des pages et des pages, on agonise avec eux.
   Mais ce qui permet de tenir, ce qui est poignant, c'est justement la relation entre le père et son enfant. Un père faillible mais qui ne doit en rien laissait transparaître ses doutes et se craintes à l'enfant. Un homme entre deux mondes : celui d'hier qu'alimentent ses souvenirs et l'actuel, post-apocalyptique, pernicieux jusque dans les cauchemars. Un enfant qui cherche encore les dernières miettes d'humanité au travers de questions sur la mort, dans la foi, d'un manichéisme humain pour se protéger, survivre. Des dialogues entre parents simples dont les phrases ne dépassent jamais quelques mots et qui se concluent souvent par la compréhension de l'enfant : "d'accord" répétera-t-il à longueur du livre.

   Peu importe l'histoire ou son dénouement en fait.
   Ce qui fait la force de ce livre est le sentiment dont il imprègne son lecteur de par sa pernicieuse poésie.

   Vous l'aurez donc deviner : je vous recommande fortement la lecture de ce roman.

1 commentaire:

Anaëlle a dit…

J'ai vu le film mais pas lu le livre (ouh la honte!): je dirais presque que c'est un anti-film, car à plus d'un moment, on a envie qu'ils y arrivent tous les deux, mais on sait très bien que ce ne sera pas le cas. Loin de tous les nanards américains, ou les films à grands budget, le film (comme le livre apparemment)est empreint d'une "poésie pernicieuse", envoûtante, on ne peut détacher son regard de l'écran, car les deux héros le crèvent, littéralement.
(les jeux de mots ne sont pas fortuits)
Je vous conseille de le voir, également.